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    L’obsession mondiale pour les usines : une erreur coûteuse

    France, États-Unis, Inde, Royaume-Uni, Allemagne, Indonésie

    Dans le contexte mondial actuel, les gouvernements semblent obsédés par le retour à la production manufacturière. Cette quête, motivée par des mythes et des idées préconçues, pourrait se révéler contre-productive, nuisant davantage qu’elle ne profite à l’économie.

    En quête d’emplois, de croissance et de résilience

    De nombreux dirigeants à travers le monde cherchent à revitaliser l’industrie locale. Le président américain, Donald Trump, prône un rapatriement des industries, tandis que le Royaume-Uni envisage de subventionner les coûts énergétiques des producteurs. En Inde, Narendra Modi attire les investisseurs dans les véhicules électriques avec des incitations. Cette tendance, observée de l’Allemagne à l’Indonésie, vise à renforcer les capacités industrielles. Cependant, la réindustrialisation risque de ne pas atteindre ses objectifs, voire de causer plus de tort.

    Dans un monde où la guerre en Ukraine a mis en lumière la fragilité des chaînes d’approvisionnement, les décideurs espèrent que la puissance industrielle se traduira par une plus grande force nationale, en réponse à la dominance chinoise.

    L’industrie ne crée pas d’emplois bien rémunérés

    Les espoirs des politiques selon lesquels une relance manufacturière entraînerait la création d’emplois de qualité sont souvent basés sur des idées erronées. La réalité est que le secteur manufacturier, devenu hautement automatisé, a perdu 20 millions d’emplois depuis 2013, malgré une augmentation de la production de 5 % en valeur.

    La majorité des nouvelles créations d’emplois dans les chaînes de production sont destinées à des techniciens et ingénieurs, laissant peu de place aux ouvriers. Moins d’un tiers des postes dans le secteur manufacturier américain sont occupés par des travailleurs sans diplôme. Selon les estimations, un retour massif de la production aux États-Unis ne générerait qu’une augmentation de 1 % des emplois manufacturiers, sans garantir de meilleurs salaires.

    La croissance n’a pas besoin de l’industrie manufacturière

    Une autre croyance erronée est que le secteur manufacturier est essentiel à la croissance économique. Par exemple, l’Inde, bien que sa part manufacturière reste en dessous de l’objectif de 25 % fixé par Modi, continue de connaître une croissance rapide. De plus, la Chine peine à atteindre ses propres objectifs de croissance malgré sa domination dans plusieurs secteurs clés.

    Les aides à l’industrie n’améliorent pas la résilience

    Face à des crises telles que la guerre en Ukraine et les tensions globales, les politiques de réindustrialisation sont souvent justifiées par la nécessité de renforcer la sécurité nationale. Cependant, les subventions générales risquent de ne pas renforcer la résilience souhaitée. La guerre en Ukraine a démontré qu’une économie de guerre peut rapidement augmenter les capacités de production, mais la fabrication d’armements ne se compare pas à la production de biens de consommation.

    L’industrie chinoise, pas si puissante que ça

    Enfin, l’idée que la puissance industrielle chinoise découle d’une stratégie économique d’État est une vision simpliste. Bien que la Chine ait initialement occupé une position forte dans le secteur manufacturier, elle n’a pas échappé à la contraction des emplois industriels observée depuis 2013.

    Sa part de 29 % dans la valeur ajoutée mondiale est plus le résultat de sa taille que d’une stratégie particulière. Avec un marché intérieur vaste, l’innovation chinoise s’est accélérée, mais les exportations de biens constituent désormais une part décroissante de son économie.

    Coopération plutôt que protectionnisme

    Pour rivaliser avec la puissance industrielle de la Chine, il est crucial de favoriser la coopération entre alliés plutôt que de se replier sur un protectionnisme inefficace. En unissant leurs forces, les industries américaines, allemandes, japonaises et sud-coréennes peuvent surpasser la Chine en termes de valeur ajoutée. Les leçons tirées de la pandémie montrent que des chaînes d’approvisionnement diversifiées sont beaucoup plus résilientes que des chaînes nationales.

    Malheureusement, la tendance actuelle des gouvernements à protéger leur industrie nationale et à se disputer des emplois en déclin risque d’affaiblir l’innovation et de faire chuter les salaires, laissant la Chine dominer le secteur manufacturier mondial.

    L’obsession des gouvernements du monde entier pour la production manufacturière repose sur des mythes et sera contre-productive

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