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    Guerre au Moyen-Orient : un choc énergétique « persistant » qui bloque le redémarrage de l’économie française

    Trois mois après le début du conflit dans le Golfe, l’économie française reste sous la menace d’une récession. Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a qualifié vendredi 12 juin le choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient de « persistant », à la veille de la publication, ce 16 juin, de nouvelles projections macroéconomiques de la Banque de France attendues plus faibles que la prévision précédente de 0,9 % pour 2026.

    Au même moment, l’ouverture du G7 d’Evian, lundi 15 juin, met la France en première ligne : la présidence française du sommet doit composer avec un allié américain imprévisible et une zone euro dont l’inflation reste au-dessus de la cible. Pour les ménages, l’enjeu tient à l’énergie, aux prix des services et au pouvoir d’achat ; pour les entreprises, à la capacité d’investissement, à la dette publique et à la commande publique d’armement.

    Pourquoi c’est important

    L’économie française aborde ce G7 dans une posture défavorable. Le produit intérieur brut a reculé de 0,1 % au premier trimestre 2026, une contraction qui n’était pas survenue hors Covid depuis le quatrième trimestre 2019, et l’Insee a imputé ce recul à des causes internes et conjoncturelles — net repli de la construction, baisse de la production d’énergie liée à une météo clémente, retards de livraisons d’avions — avant même l’effet plein du choc extérieur.

    La lecture utile pour un lecteur économique est triple : la croissance française ne redémarre pas, l’inflation repart sous l’effet de l’énergie, et les outils monétaires (BCE) et budgétaires (dette publique) se resserrent en même temps. Cette configuration limite la marge de manœuvre de l’exécutif au moment où il accueille le G7 et où la Banque de France révise ses prévisions.

    Le mécanisme en clair. Quand le prix du pétrole et du gaz reste durablement élevé, l’énergie pèse sur l’inflation, qui se diffuse aux services. Les banques centrales remontent leurs taux pour casser la boucle prix-salaires, ce qui renchérit le crédit et freine l’investissement. Une économie déjà fragile entre alors dans un piège : elle n’a ni la croissance, ni la marge budgétaire, ni la détente monétaire pour amortir le choc.

    Ce que disent les chiffres

    Le tableau macroéconomique s’est nettement assombri depuis le 28 février 2026, date du début du conflit qui a fermé le détroit d’Ormuz. Le prix du brut a été propulsé au-dessus de 120 dollars le baril et l’inflation en zone euro dépasse 3 %, portée par une hausse de près de 11 % des prix de l’énergie en glissement annuel.

    Indicateur Dernier niveau Lecture économique
    Inflation France sur un an (mai 2026, Insee) +2,4 % Rebond après +2,2 % en avril, alimenté par l’énergie
    Énergie (mai 2026, Insee) +12,4 % sur un an Accélération après +9,5 % en avril
    Produits pétroliers (mai 2026, Insee) +25 % sur un an Forte hausse après +22,8 % en avril
    PIB France T1 2026 −0,1 % Première contraction hors Covid depuis T4 2019
    Taux de dépôt BCE (à compter du 17 juin 2026) 2,25 % Hausse de 25 points de base pour contenir l’inflation
    Prévision de croissance France 2026 — FMI (21 mai) 0,7 % Révisée à la baisse (vs 0,9 % précédemment)
    Prévision gouvernementale (mi-avril 2026) 0,9 % Référentiel actuel de l’exécutif
    Projection BCE inflation zone euro 2026 3,0 % en moyenne Puis 2,3 % en 2027

    Moulin prend « au sérieux les pressions inflationnistes » et affirme sa détermination à ramener la hausse des prix à la cible de 2 % à moyen terme, tout en relevant l’absence, à ce stade, d’effets de « second tour » via les salaires.

    Ce que cela peut changer pour les ménages et les entreprises

    Pour les ménages, la diffusion du choc se lit d’abord dans la composition de la consommation. Avant même que les salaires ne réagissent, l’énergie et les services pèsent sur le panier ; la Banque de France note que la hausse des prix du pétrole et du gaz commence à se diffuser à d’autres composantes, en particulier certains services, sans effets de second tour salarial à ce stade.

    Pour les entreprises, l’équation combine trois contraintes. La BCE a relevé d’un quart de point son taux directeur, portant le taux de dépôt à 2,25 % à compter du 17 juin, ce qui renchérit le crédit. La France, déjà handicapée par sa dette publique, voit sa capacité d’investissement contrainte — un signal que la commande publique de défense ne compense pas entièrement. Le 15 juin, Le Parisien relevait que l’Allemagne et la France ont renoncé au SCAF, l’avion de chasse commun destiné à remplacer le Rafale à l’horizon 2035, illustrant la difficulté à monter des projets industriels communs dans le contexte budgétaire actuel.

    Le calendrier institutionnel ajoute une couche d’incertitude. La Banque de France publiera le 16 juin ses projections macroéconomiques actualisées, attendues plus faibles que 0,9 %. Le FMI a déjà ramené sa prévision à 0,7 % le 21 mai. Le gouvernement, lui, conserve pour l’instant sa prévision d’avril à 0,9 % — un écart qui pose la question de la révision officielle de la trajectoire 2026 dans les prochaines semaines.

    G7 d’Evian : ce que la France peut (ou non) obtenir

    Le G7 qui s’ouvre lundi 15 juin à Evian est le dernier d’Emmanuel Macron à la présidence française. Donald Trump a confirmé sa venue et accepté l’invitation à un dîner au château de Versailles, lieu de signature du traité d’indépendance américaine en 1783. Mais la pression est forte : les sujets à l’agenda — déséquilibres économiques mondiaux, guerre en Ukraine, Moyen-Orient, minerais critiques — touchent directement à la croissance française et à la sécurité énergétique européenne.

    Pour la France, l’enjeu n’est pas de débloquer de nouveaux moyens budgétaires — la contrainte de dette est trop forte — mais de trouver un consensus sur les minerais critiques, la diversification des chaînes d’approvisionnement et l’architecture de sécurité, à un moment où la Bundeswehr et l’Eurofighter peinent à converger avec Dassault. Le contexte n’est pas anodin : l’an passé, Donald Trump avait quitté prématurément le sommet du Canada, malmenant Emmanuel Macron.

    Les signaux à surveiller

    • Les projections macroéconomiques de la Banque de France, publiées le 16 juin 2026, et leur écart avec la prévision gouvernementale de 0,9 % pour 2026.
    • La trajectoire du prix du baril et l’état du détroit d’Ormuz, qui conditionnent la diffusion du choc aux services et la décision monétaire de la BCE.
    • L’évolution de l’inflation des services, premier indicateur d’un éventuel effet de second tour via les salaires.
    • Les engagements concrets issus du G7 d’Evian sur les minerais critiques et la sécurité énergétique, au-delà des déclarations communes.
    • Une éventuelle révision de la prévision de croissance 2026 par le gouvernement, dans le sillage du FMI et de la Banque de France.

    Sources

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