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    Banque de France : la croissance 2026 ramenée à 0,5 %, l’inflation à 2,5 %

    La Banque de France a quasiment divisé par deux sa prévision de croissance pour 2026. Dans ses projections macroéconomiques publiées mardi 16 juin, l’institution dirigée par le nouveau gouverneur Emmanuel Moul
    in ramène le PIB attendu de 0,9 % à 0,5 %, après une contraction surprise de 0,1 % au premier trimestre. Dans le même temps, elle relève sa prévision d’inflation à 2,5 % en moyenne annuelle — contre 1,7 % trois mois plus tôt — et confirme que le pouvoir d’achat des ménages reculera cette année (-0,4 %) avant de se redresser en 2027.

    Pourquoi c’est important

    La révision de la Banque de France n’est pas un ajustement technique : en six semaines, la croissance attendue a perdu presque la moitié de son élan. Et ce repli s’accompagne d’une inflation qui repart au-dessus de la cible de 2 % de la BCE — une configuration que les économistes rapprochent de la stagflation, ce cocktail de croissance faible et de prix qui montent que la France n’avait plus connu depuis le début des années 1990.

    Pour les ménages, le message est direct : avec une inflation à 2,5 % et des salaires nominaux qui progressent de 2,1 %, le pouvoir d’achat du salaire moyen par tête recule mécaniquement cette année. Pour l’État, l’enjeu est tout aussi concret : avec un déficit attendu à -5,2 % du PIB et une dette qui continuerait de grimper vers 122 % du PIB à l’horizon 2028, la marge de manœuvre budgétaire se réduit.

    Les chiffres clés des projections

    Indicateur 2026 2027 2028
    PIB (scénario de base) +0,5 % +0,9 % +1,2 %
    Inflation IPCH 2,5 % 1,7 % 1,7 %
    Inflation hors énergie et alimentation 1,6 % 2,1 % 1,8 %
    Pouvoir d’achat des ménages -0,4 % +0,5 % +0,4 %
    Consommation des ménages +0,2 % +0,7 % +1,1 %
    Taux de chômage (moyenne annuelle) 8,1 % 8,1 % 7,8 %
    Dette publique (en % du PIB) 122 %
    Déficit public (en % du PIB) -5,2 %

    Source : Banque de France, projections macroéconomiques de juin 2026. La révision de la croissance par rapport aux projections de mars est de -0,4 point ; celle de l’inflation, de +0,8 point.

    Le choc énergétique au cœur de la révision

    Le déclencheur est connu : le conflit au Moyen-Orient déclenché le 28 février 2026, et la perturbation du détroit d’Ormuz qui a fait grimper les prix des hydrocarbures. La Banque de France table désormais sur un baril à 112 dollars au deuxième trimestre — un pic — avant un reflux progressif vers 77 dollars d’ici 2028. Le gaz, lui, atteindrait 48 euros le mégawattheure au troisième trimestre, contre 26 euros fin 2028 dans le scénario central.

    Ce double choc pétrolier et gazier ne touche pas que la pompe : il se diffuse à l’ensemble de l’économie. Le kérosène renchérit les billets d’avion ; les engrais et les matières premières agricoles font monter les prix alimentaires ; le coût de l’énergie se répercute enfin sur les produits manufacturés, avec un décalage d’un à deux trimestres. C’est ce mécanisme de transmission qui explique pourquoi l’inflation totale — et pas seulement la composante énergie — est révisée à la hausse.

    Le chef économiste de la Banque de France, Xavier Debrun, résume la situation : « Le mois de mai n’a pas été un bon mois pour l’économie française. La progression de l’activité en mai a nettement ralenti dans l’industrie. » Et de préciser : « Ce qui va contribuer le plus à la croissance en 2026 c’est le commerce extérieur, le reste est relativement atone, notamment la consommation des ménages qui est assez ralentie (+0,2 %). » La Banque prévoit d’ailleurs une croissance nulle au deuxième trimestre.

    Ce que cela change pour les ménages et les entreprises

    Pour les ménages, l’année 2026 sera marquée par un recul du pouvoir d’achat (-0,4 %) — une première depuis 2022. La revalorisation automatique du Smic de 2,4 % en juin ne compensera que partiellement la hausse des prix. La consommation, dopée par les revenus du patrimoine en 2025, ne progressera plus que de 0,2 % cette année, avant un rebond à 0,7 % en 2027 et 1,1 % en 2028. Le taux d’épargne, lui, resterait élevé — autour de 17 % — signe d’une prudence durable des Français.

    Pour les entreprises, l’investissement reprendrait timidement (+0,5 % en 2026, après +0,2 % en 2025), freiné par la remontée du coût du capital et l’attentisme lié aux incertitudes géopolitiques. Le taux de marge des sociétés non financières reculerait légèrement, à 31,7 % au premier trimestre, avant de remonter vers 32,6 % en 2028. La profitabilité reste donc correcte — mais le climat d’incertitude ne favorise pas les décisions d’embauche.

    Le marché du travail en porte la trace : le taux de chômage atteindrait 8,1 % en 2026 et en 2027, soit 0,8 point au-dessus du point bas de 2022 (7,3 %). Pour la Banque de France, cette hausse s’explique pour moitié par l’inscription automatique à France Travail de bénéficiaires du RSA et des 15-29 ans, dans le cadre de la loi pour le plein emploi.

    Finances publiques : la dette s’éloigne de la zone euro

    Le tableau budgétaire n’est pas plus rassurant. Le déficit public s’établirait à -5,2 % du PIB en 2026, après -5,1 % en 2025 et -5,8 % en 2024. L’amélioration observée en 2025 provenait surtout d’une hausse des prélèvements obligatoires ; elle ne s’est pas traduite par une baisse durable du déficit.

    À l’horizon 2028, sous les hypothèses conventionnelles retenues par la Banque de France (ajustement structurel primaire de 0,4 point de PIB potentiel), le déficit ne se résorberait que partiellement. Conséquence : la dette publique continue de progresser pour atteindre 122 % du PIB en 2028. Dans le même temps, la dette de la zone euro se stabiliserait autour de 90 % du PIB, creusant l’écart de 32 points — un niveau jamais atteint depuis la création de l’euro.

    Les quatre scénarios possibles

    Pour la première fois, la Banque de France publie ses projections avec quatre scénarios distincts, construits en cohérence avec ceux de la BCE publiés le 11 juin :

    • Scénario favorable (baisse rapide des prix de l’énergie) : inflation à 2,3 % en 2026, croissance proche du scénario de base.
    • Scénario de base (cessation des hostilités cet été) : croissance 0,5 %, inflation 2,5 % en 2026.
    • Scénario défavorable (pétrole à 122 $/baril au T3, gaz à 60 €/MWh) : croissance 0,3 %, inflation 2,7 % en 2026, 2,0 % en 2027.
    • Scénario très défavorable (pétrole à 166 $/baril, gaz à 111 €/MWh) : croissance nulle en 2026, -0,1 % en 2027 ; inflation 4,0 % en 2026 et 3,9 % en 2027.

    Ces scénarios ne sont pas des prévisions : ce sont des outils pour mesurer la sensibilité de l’économie française à l’évolution du conflit. Ils dépendent pour beaucoup de la trajectoire des prix de l’énergie, donc de l’évolution géopolitique au Moyen-Orient.

    Les premières réactions

    Le ministère de l’Économie a répondu en rappelant que les projections de la Banque de France ont été finalisées avant l’annonce du 14 juin relative à un éventuel accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran, et a fortiori avant la signature électronique, le 15 juin, d’un protocole d’accord entre les deux pays. « Ces bonnes nouvelles constituent un signal de relance pour l’économie française. Elles doivent désormais se traduire concrètement dans le portefeuille des Français ainsi que dans les décisions d’investissement des entreprises », a fait valoir Bercy.

    Le ministre Roland Lescure a enfoncé le clou : « L’heure est au retour de la confiance collective : c’est elle, davantage que la dépense publique, qui permettra de soutenir durablement la croissance. » La marge entre la prévision Banque de France et le discours gouvernemental illustre l’enjeu politique des prochains mois : faut-il durcir la politique budgétaire face à la dégradation des comptes publics, ou au contraire soutenir la demande pour éviter que le scénario très défavorable ne se matérialise ?

    Les signaux à surveiller dans les prochaines semaines

    • La traduction effective des annonces de cessez-le-feu au Moyen-Orient dans les cours du brut et du gaz.
    • L’enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France de juillet, qui dira si l’activité reste atone au T2 ou si elle rebondit.
    • La prochaine estimation de l’inflation IPCH par l’Insee, attendue mi-juin, qui confirmera ou non la trajectoire vers 2,5 %.
    • Les chiffres du chômage au T2, pour voir si la hausse se poursuit ou se stabilise autour de 8,1 %.
    • Les arbitrages budgétaires du gouvernement pour 2027, alors que le déficit reste ancré au-dessus de 5 %.

    Sources

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