Le premier ministre canadien Mark Carney a dénoncé avec vigueur le traitement « scandaleux » réservé à des participants d’une flottille humanitaire en route vers Gaza, tout en évitant d’annoncer de nouvelles mesures de pression contre le gouvernement israélien. Dans un communiqué publié lundi, Ottawa a surtout insisté sur la demande d’une enquête indépendante et sur la protection des citoyens canadiens impliqués.
La déclaration s’accompagnait d’un compte rendu d’un échange téléphonique entre Mark Carney et le président israélien Isaac Herzog, tenu plus tôt dans la journée. Selon le texte, le chef du gouvernement canadien a exigé une investigation indépendante sur les mauvais traitements signalés contre des activistes qui avaient été ligotés, humiliés et forcés de s’agenouiller, comme l’avait montré une vidéo diffusée la semaine dernière par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir.
« Le premier ministre a réitéré que le traitement scandaleux infligé à des civils, y compris des citoyens canadiens, à bord de la flottille en direction de Gaza était inacceptable », précise le communiqué.
Carney a également profité de cet entretien pour rappeler que le Canada s’oppose à l’expansion des colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée, ainsi qu’aux violences répétées commises par des colons juifs contre des Palestiniens. Cette position intervient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues autour de l’offensive israélienne à Gaza et des conditions de détention dénoncées par plusieurs ONG.
La vidéo publiée par Itamar Ben-Gvir a suscité une large indignation à l’échelle internationale. Plusieurs pays ont condamné publiquement les images, tandis que certains ont adopté des mesures concrètes à l’encontre du ministre israélien. La France, par exemple, lui a interdit l’entrée sur son territoire, en invoquant ses « actes impardonnables » à l’encontre de ressortissants français et européens présents sur la flottille Global Sumud.
La Pologne a également engagé une procédure visant à lui imposer une interdiction de cinq ans, et des responsables en France comme en Italie ont appelé l’Union européenne à prendre des sanctions à son encontre. Malgré cette pression, Israël continue de faire face à relativement peu de conséquences concrètes au-delà des condamnations verbales.
Les défenseurs des droits humains rappellent pourtant que des témoignages font état de tortures et de conditions inhumaines dans des prisons israéliennes. Des organisations comme Amnesty International et B’Tselem accusent en outre Israël de maintenir un système d’apartheid visant à discriminer les Palestiniens et à les priver de leurs terres.
La flottille Global Sumud avait été organisée dans le cadre d’une mobilisation destinée à contester les abus israéliens à Gaza, où la guerre menée depuis octobre 2023 a déjà fait plus de 75 000 morts palestiniens, selon des bilans indépendants. Dans son communiqué de lundi, Mark Carney a qualifié la situation humanitaire dans l’enclave de « catastrophique ».
Depuis des mois, des militants tentent de rejoindre Gaza pour y acheminer de l’aide humanitaire, mais leurs navires sont interceptés par les forces israéliennes, qui maintiennent le blocus de l’enclave. Une nouvelle mission a été lancée en mer Méditerranée le 12 avril, avec environ 70 bateaux et 3 000 participants, selon les organisateurs.
Amnesty International Australie estime qu’environ 430 personnes ont été arrêtées lorsque les forces israéliennes ont arraisonné les embarcations en eaux internationales, dans ce qui apparaît comme une violation du droit international. Des militants affirment avoir subi des mauvais traitements pendant leur détention, des accusations qui font écho à celles formulées par des membres de précédentes flottilles.
Au moins 15 personnes ont aussi signalé des agressions sexuelles, y compris des viols, dans le cadre de leur détention, selon ces témoignages. Israël rejette ces accusations et affirme, sans en apporter la preuve, que les militants étaient liés au Hamas. Dans sa vidéo, Itamar Ben-Gvir les a décrits comme des « partisans du terrorisme ».
Dans un autre registre, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué lundi avoir échangé avec son homologue israélien Gideon Saar. Elle a affirmé que le gouvernement canadien transmettrait à Israël des éléments prouvant les mauvais traitements infligés à des citoyens canadiens ayant pris part à la flottille.
« J’ai rappelé que le refus d’accès aux services consulaires pour des citoyens canadiens détenus viole la Convention de Vienne et ne doit plus jamais se reproduire », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.
