L’inflation annuelle a nettement ralenti en juin dans la zone euro, à 2,8 % après 3,2 % en mai, selon l’estimation flash publiée mardi 1er juillet par Eurostat. En France, l’Insee confirme la première lecture sous 2 % depuis plusieurs mois, à 1,8 %. Ce reflux, principalement porté par l’énergie et par le calendrier des soldes, ouvre une fenêtre inattendue pour la Banque centrale européenne : à peine trois semaines après avoir relevé son taux directeur, l’institution se retrouve contrainte de revoir sa trajectoire.
Ce que disent les chiffres
Le mouvement est synchronisé des deux côtés du Rhin. Hors énergie et hors alimentation, l’inflation sous-jacente de la zone euro recule à 2,4 %, contre 2,6 % en mai, selon Eurostat. La composante énergie, encore la plus inflationniste, ralentit à 8,7 % sur un an, après 10,8 % en mai ; les services passent de 3,5 % à 3,2 % ; l’alimentation, alcool et tabac revient à 1,6 %, après 1,9 %. Les biens industriels hors énergie restent stables à 0,9 %.
En France, la décélération est même plus nette : la hausse annuelle de l’indice des prix à la consommation s’établit à 1,8 % en juin, contre 2,4 % en mai, et les prix ont même baissé de 0,2 % sur un mois, dans un calendrier dopé par les soldes d’été qui comptent plus de jours qu’en 2025. La hausse des prix de l’énergie française passe de 16,6 % en mai à 11,2 % en juin. La France repasse ainsi sous la barre des 2 %, quand la moyenne de la zone euro reste à 2,8 %.
Le pari manqué de la BCE
Le 11 juin, la Banque centrale européenne avait relevé son taux directeur de 2 % à 2,25 %, pour contrer la flambée des prix liée au blocage du détroit d’Ormuz et à l’envolée des cours du pétrole. Quatre jours plus tard, les États-Unis et l’Iran signaient un accord mettant fin au conflit, et le baril de Brent est revenu autour de 71 dollars (62 euros), proche de son niveau d’avant-crise.
Réunie à Sintra les 30 juin et 1er juillet pour son séminaire annuel, la BCE « rétropédale » désormais : une nouvelle hausse des taux en juillet est jugée improbable. Le reflux de l’inflation « facilite la tâche » de l’institution, avait résumé dès le 3 juillet le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dans une interview reprise par plusieurs médias économiques français.
Ce que cela change pour les ménages et les entreprises
Pour les ménages, la baisse de l’inflation n’est pas une baisse des prix : elle signifie surtout que la hausse ralentit. Le prix de l’énergie cumule encore 11,2 % de hausse sur un an en France, ce qui pèse toujours sur les factures de carburant et de chauffage. En zone euro, l’énergie reste à 8,7 %, soit plus de trois fois l’objectif de 2 % de la BCE. Mais l’inversion de tendance, si elle se confirme, devrait alléger la pression sur le pouvoir d’achat au second semestre, et redonner du souffle à la consommation.
Pour les entreprises, le scénario est plus ambivalent : la détente des prix énergétiques et des biens industriels hors énergie (stable à 0,9 %) allège les coûts d’intrants. Mais la BCE a souligné à plusieurs reprises qu’elle jugerait l’inflation sous-jacente, qui reste à 2,4 % dans la zone euro, donc au-dessus de sa cible. Tant que ce chiffre ne se rapproche pas de 2 %, la Banque centrale maintiendra sa prudence sur les taux.
Des écarts toujours marqués entre pays
La zone euro n’a pas désenflé de manière uniforme. Selon les données flash d’Eurostat, la Lituanie affiche le taux annuel le plus élevé, à 5,5 %, tandis que Malte enregistre le plus faible, à 1,9 %. Parmi les grandes économies, l’Allemagne ressort à 2,4 %, la France à 2,0 % et l’Italie à 3,1 %. Ces écarts restent un casse-tête pour la politique monétaire unique : une décision calibrée sur la moyenne masque des situations nationales très différentes, où le poids de l’énergie, des services et des mesures budgétaires nationales varie fortement.
Les signaux à surveiller
- La publication complète des indices des prix à la consommation harmonisés (IPCH) d’Eurostat, prévue le 17 juillet, qui confirmera ou nuancera le chiffre flash de 2,8 %.
- La prochaine réunion de politique monétaire de la BCE : le reflux de l’inflation rend un statu quo sur les taux beaucoup plus probable qu’une nouvelle hausse.
- L’évolution des prix de l’énergie à la rentrée : toute nouvelle tension sur le brut ou le gaz pourrait rapidement réenflammer la composante la plus volatile de l’inflation.
- La dynamique des salaires et des services, composante la plus persistante de l’inflation sous-jacente, que la BCE surveille de près.
