Annoncée à Eurosatory 2026, à Paris, la commande de 150 drones intercepteurs BLAZE conçus par le letton Origin Robotics fait de la France le quatrième pays européen à adopter ce système anti-drones codifié OTAN, et révèle, à mots couverts, l’écart de maturité entre la filière lettone et certaines pépites tricolores.
Une commande de 150 systèmes, priorité à l’armée de Terre
La décision, officialisée dans la semaine, a été prise au terme d’une évaluation de plusieurs mois conduite par la Direction générale de l’armement (DGA), avec des essais notamment menés sur le site de l’île du Levant, où le système a été confronté à d’autres candidats. Les 150 exemplaires sont en priorité destinés à l’armée de Terre, selon une source proche du dossier.
Le choix français s’inscrit dans la dynamique européenne de la lutte anti-drones (LAD), où la multiplication des drones et des munitions rôdeuses impose aux armées des capacités d’interception rapides, portables et interopérables avec les dispositifs de protection des emprises militaires.
BLAZE : un système codifié OTAN, ITAR-free, déjà éprouvé
BLAZE est un drone intercepteur autonome conçu par Origin Robotics, jeune société de défense lettone. Le système combine guidage radar, vision par ordinateur et autonomie supervisée : il se met en œuvre en quelques minutes depuis une station portable, pour traiter drones et munitions rôdeuses. Il est doté d’une codification OTAN, d’une charge conforme aux normes STANAG, et se présente comme « ITAR free », c’est-à-dire sans restriction d’exportation américaine — un point qui compte pour les marchés européens et pour les coopérations opérationnelles.
Avant la France, BLAZE équipait déjà la Lettonie, la Belgique et l’Estonie, trois pays qui ont mis le système à l’épreuve de déploiements opérationnels. Paris devient donc le quatrième utilisateur européen, un jalon que le cofondateur d’Origin Robotics, Agris Ķipurs, résume en parlant d’une « crédibilité opérationnelle bâtie au fil de nos déploiements européens ».
DSV Solutions, l’intégrateur tricolore qui livrera les premières unités
Sur le terrain, c’est DSV Solutions — jeune intégrateur français basé à Aix-en-Provence, fort d’une dizaine de salariés — qui livrera les premières unités. La fabrication initiale reste lettone ; un transfert de technologie est toutefois prévu pour installer, dans un second temps, une chaîne d’assemblage en France, dans une logique d’industrialisation souveraine. « Ce contrat traduit autant la maturité opérationnelle du système que la solidité de notre partenariat avec Origin Robotics », a souligné Eric de Trétaigne, directeur général de DSV Solutions et ancien d’Alseamar.
Plusieurs concurrents français étaient sur les rangs. Selon les informations disponibles, Harmattan AI et Destinus, qui se positionnent également sur le créneau des drones autonomes, seraient concernés par d’autres appels d’offres en cours de contractualisation — la décision sur BLAZE ne clôt donc pas le sujet de la filière française de l’interception, mais la repousse.
Calendrier et suite
La formation des opérateurs débutera sans attendre, et la totalité de la commande doit être livrée courant cet été. L’enchaînement — commande immédiate, assemblage en France différé — dessine, en creux, l’état des lieux industriel européen : quand une solution codifiée OTAN existe, éprouvée et sans dépendance américaine, elle peut être préférée à des candidats nationaux encore en phase de maturation, en attendant que la souveraineté de fabrication suive.
Sources
- OpexNews — Drones intercepteurs : la DGA retient le letton Origin Robotics (18 juin 2026)
- LSM (Latvian Public Media) — France to buy Latvian ‘Blaze’ drone interceptor system (17 juin 2026)
- Opex360 / Zone Militaire — Lutte antidrone : l’ONERA passe à l’industrialisation du radar passif TAPIR (18 juin 2026, contexte écosystème français anti-drones)
